Stephan LEWIS – fantastique

14 février, 2009

Les Sondeurs du Temps – suite

Classé dans : Non classé — Stephan LEWIS @ 13:58

Suite de : Les Sondeurs du Temps –

Stephan LEWIS

 

        Ballantine a préféré ignorer la remarque, tant elle lui paraît absurde, bien que dans son for intérieur il n’en convienne pas moins que le métis n’a pas tout à fait tort. Les traces en fer à cheval s’arrêtent précisément sur le rivage, comme si l’étrange créature à l’apparence verdâtre était entrée dans les eaux du lac.   
   

     Une légère ondulation glissant dans l’eau claire à moins d’une dizaine de mètres de la berge vient d’attirer son attention.  Cela ressemble à une énorme souche. Il ne faut pas s’y tromper, car  il n’en est rien. Bien que seuls affleurent des yeux aux arcades rocailleuses et la pointe de ce qui ressemble à un museau de la préhistoire, notre ami a immédiatement identifié un crocodile. Un caïman plus exactement, certainement nombreux en ces lieux. Aussi signifie-t-il aussitôt aux deux autres restés allongés sous les palmiers d’ouvrir l’œil et de rester sur leurs gardes. Mais le compagnon du professeur le tranquillise en brandissant sa Winchester.
   

     – Nous savoir Sénor. Pas danger.
   

     Rassuré sur ce point, le voici qui arpente nerveusement les abords du lac à la recherche de la solution miracle.
    

     Une dizaine de minutes s’étant écoulées, étranglant un râle, il a rejoint les autres, le prodige ne s’étant toujours pas accompli.
    

     – Nous aurions dû emprunter l’hélico… jette-t-il d’une voix hargneuse, les nerfs tendus comme des cordes de piano… Nous aurions été cent fois plus vite.
   

     – Mais … vous savez bien Dany, que notre réserve de kérosène n’est pas assez importante. Nous avons tout juste de quoi tenir jusqu’au retour. Jusqu’à Florès… tente d’argumenter Winter d’une voix fluette.
   

     – Vous avez raison professeur. Nos réserves de carburant ne nous permettent pas de faire le guignol au-dessus de cette satanée jungle. Ce n’était pas prévu. De toute façon, il est évident que de là-haut nous n’aurions pas pu pister cette créature… conclut-il, comme pour se trouver un soupçon de consolation. 
   

     Puis, se saisissant de son talkie, il actionne nerveusement le timbre d’appel du métis de garde au campement, ne se faisant toutefois aucune illusion quant à sa réponse.
   

     – Rien de nouveau Carlos ? Toujours pas vu Juan ?… s’enquiert-il d’une voix inquiète.  
   

     C’est une réponse grésillante qui lui parvient aussitôt en retour…

    - No Sénor. Juan pas encore révénou. Et vous, vous né l’avez pas trouvé non plous ?

    - Nous poursuivons les recherches. Surtout, ne t’éloigne pas … Terminé.
   

     - Que proposez-vous Dany  ?… demande aussitôt Winter, le visage grave.
   

     – On ne va tout de même pas attendre ici jusqu’à la saint glinglin ! C’est incompréhensible ! Tout porte à croire que cet être est entré dans les eaux du lac ! Il ne nous reste plus qu’à rentrer… jette-t-il d’un air dépité, assorti d’un geste de mauvaise humeur.
   

     – Sénors, vénez voir ! Vite Sénors, vénez voir !… s’écrie soudain et avec insistance l’un des métis planté à la lisière de la forêt.   
   

     – Qu’y-a-t-il Diego ? Aurais-tu fini par apercevoir le diable !… ironise Ballantine sur un ton moqueur, se pressant toutefois d’obtempérer.
   

     C’est d’un bras tremblant que le Mexicain lui désigne de nouvelles marques en fer à cheval, visiblement récentes, incrustées dans le sol. Elles s’avèrent toutefois moins profondes que celles qu’ils avaient suivies jusqu’alors, se dirigeant à n’en pas douter une nouvelle fois à travers la jungle, ouvrant un nouveau passage.
   

     – Bon sang ! Venez voir professeur ! On dirait que cette créature est retournée dans la forêt avant que nous ne parvenions jusqu’ici. Les empreintes sont moins prononcées.
   

     Winter se rend aussitôt à l’évidence. Il s’agit bien de marques en tout point semblables à celles qu’ils ont jusque là pistées. Les deux Mexicains ont eux aussi remarqué que les empreintes étaient moins encaissées, comme si l’être fantomatique s’était débarrassé d’un poids mort.  
     

     – Il ne s’agit peut-être pas de la même créature… risque Winter, perplexe, devant l’inquiétude grandissante de son ami, bien qu’étant saisi de la même conviction …  A savoir que l’étrange « chose », après être entrée dans le lac et s’être débarrassée de la charge qu’elle transportait, avait regagné la jungle.
   

     – Cela m’étonnerait professeur. Il ne doit pas y avoir beaucoup de locataires dans ce coin perdu qui soient en mesure de laisser des traces pour le moins aussi singulières. De toute manière, nous ne devons rien laisser au hasard.  Nous verrons qui aura le dernier mot !… jette Ballantine, en invitant ses compagnons à se lancer sur la nouvelle piste laissée par l’être mystérieux.
   

     – Eh bien quoi ! Vous attendez l’autobus ?… ironise Winter d’une voix chevrotante en s’adressant aux deux métis qui, la bouche grande ouverte, semblent s’être transformés en statues de marbre.
   

     L’écrasante forêt vient à nouveau de les engloutir. Bien que rien ne le laisse paraître, Ballantine ressent une immense lassitude s’abattre sur ses épaules, avec le sentiment que leurs efforts auront été inutiles. Tout semble ligué pour laisser persister en eux une sournoise angoisse, bien que ces quelques jours de recherches acharnées leur aient toutefois offert un bilan pour le moins positif. Ce sera peut-être là leur unique consolation. Mais il y va en cet instant de la vie d’un homme. Et cela, il ne l’accepte pas.
   

     Ils cheminent depuis deux bonnes heures, lorsque Diego qui, à l’instar de son compatriote possède un sens inné de l’orientation au sein de cet enfer vert, fait soudain remarquer que les traces convergent, à n’en pas douter, en direction de leur campement, distant maintenant d’une heure de marche, à peine.
   

     – Bon sang ! Il faut alerter Carlos !… réalise aussitôt Ballantine, qui s’est empressé de se saisir de son talkie …
   

     Le soulagement s’est fait attendre durant une poignée de secondes qui leur ont paru interminables, au terme desquelles la voix nasillarde et empâtée du gros Carlos retentit pour la seconde fois dans l’écouteur du petit émetteur-récepteur…
   

     – Oui Sénor ?
   

     – Ecoute-moi bien Carlos et ne pose pas de questions. Tu vas immédiatement te rendre dans ma tente. Dans mon havresac tu trouveras un revolver. Il y a un chargeur à l’intérieur et trois autres de rechange dans la poche droite. Prends le, ainsi que les chargeurs et attends-nous dans l’hélico. En aucun cas tu ne dois en sortir avant notre retour. Tu m’entends bien Carlos, en aucun cas. Compris ?
   

     – Si Sénor si. Yé vais prendre votré revolver et yé vous attends dans l’hélico. O.K. Yé fais comme vous dites Sénor.
   

     – Bon … Terminé … A tout de suite.
   

     – Tâchons de presser le pas… recommande encore Ballantine en faisant glisser nerveusement une balle dans le canon de sa 22.   
   

     La forêt a soudainement frémi comme sous la violence d’une averse torrentielle. Diego, qui va devant, semble s’interroger sur cette rumeur qui se rapproche et s’amplifie, tandisque leur parvient une odeur épouvantable et que retentissent de furieux grognements.
   

     – Des pécaris !… s’est exclamé Ballantine.
    

     A peine ont-ils eu le temps de se jeter de côté, que surgit toute la horde, têtes baissées. A leur allure, les cinq hommes ont aussitôt réalisé qu’ils étaient dangereux, certains montrant même les crocs. Mais la troupe est passée au grand galop, avant de se perdre aussi vite qu’elle s’était manifestée, dans l’immensité de la forêt.
   

     – Ces cochons sauvages ont bien failli nous agresser !…  peste le professeur d’une voix tremblante… Nom d’une pipe, quelles sales bestioles ! Que le diable les emporte !
   

     – Je suis certain que si cela avait été le cas, ces vilaines bébêtes auraient assurément eu un faible pour votre grassouillette personne…  raille Ballantine en faisant entendre un petit rire aigre et forcé.
   

     Avec un haussement d’épaules, Winter a baragouiné quelques mots incompréhensibles, signifiant certainement par-là qu’il n’appréciait guère la vanne lancée par son ami. 
   

     Ils ont parcouru plusieurs centaines de mètres sans avoir eu à dégager le passage, la végétation s’étant largement éclaircie. Diego, qui mène la troupe, leur signale subitement, un doigt sur les lèvres, de faire silence. Il a empoigné sa Winchester dont l’armement claque et résonne à travers la forêt l’espace d’une seconde. Il épaule lentement … et à l’instant où la salve retentit comme un coup de tonnerre, un splendide dindon sauvage, qui prenait lourdement son envol en glougloutant, s’effondre aussitôt à quelques mètres à peine dans les fourrés. Le tireur s’est précipité sans attendre vers le lieu de sa chute … A l’instant où il se préparait à le saisir, un ocelot a bondi sur le volatile pour disparaître illico avec sa prise dans la gueule, ne laissant sur place qu’un amas de plumes ébouriffées encore tièdes.

    Une grimace de dépit s’est ébauchée sur la face ronde du Mexicain. Il a rejoint les autres en bredouillant un juron, masquant maladroitement sa déconvenue. Mais son attitude gauche, assortie de sa malchance, déclenchent la raillerie de Miguel.
   

     – Madré dé dios amigo ! Lé chat sauvage, il s’est bien foutou dé toi ! Ma il a oublié dé té dire merci !… pouffe ce dernier en se tapant sur les cuisses sans aucune retenue.   

   

     La plaisanterie a déridé les visages graves de la petite troupe. L’intéressé malchanceux, visiblement vexé et assurément profondément atteint dans son amour propre, a haussé les épaules. Puis, remettant nonchalamment sa Winchester à la bretelle comme si de rien n’était, fait mine de prendre un air sérieux, faussement décontracté, comme frisant même l’indifférence. Mais son comportement cocasse, grotesque, voire emprunté, ne saurait en aucune façon abuser ses compagnons, ne faisant qu’amplifier leur état soudain d’hilarité et qui cette fois en sont carrément à rire à gorge déployée. Cette explosion imprévisible de moquerie communicative, voire contagieuse, a tôt fait de par la force des choses d’entraîner à son tour l’infortuné Diego dans ce fou rire tourbillonnant. Il finit par y participer bien malgré lui, ce qui détend un court moment cette atmosphère d’inquiétude et d’angoisse.   
   

     Leur comportement a certainement dérangé un groupe de singes atèles noirs aux membres grêles, ainsi qu’une bande de sapajous. Les primates leur font aussitôt comprendre qu’ils sont des intrus en poussant des cris, tout en les bombardant rageusement avec des branches mortes et des fruits verts, avant de s’enfuir en hurlant. Les membres de la petite troupe les suivent un court instant du regard, avant qu’ils ne se volatilisent dans l’épaisse ramure des grands arbres de la forêt.
   

     Diego vient de les informer qu’ils n’étaient plus qu’à un kilomètre du camp, à l’instant même où retentissent deux … puis trois coups de feu, dont l’écho a claqué et roulé en cascade dans la jungle. 
   

     Ils ont immédiatement marqué un temps d’arrêt, tendant l’oreille … Mais plus rien, à part les cris tonitruants des singes et le concert habituel des chants d’oiseaux. Le cœur battant à tout rompre, Ballantine s’est saisi de son talkie-walkie, brusquement assailli par un étrange pressentiment, une sorte de prémonition malsaine et inexplicable. 

   

     Malgré son insistance, Carlos, cette fois, ne répond pas. Ballantine ne sait pas pourquoi, mais il s’y attendait. Il s’est produit quelque chose d’anormal au campement. Sur quoi ou plus exactement sur qui a tiré le Mexicain ? Car ce ne peut être que lui l’auteur des coups de feu. D’ailleurs, Ballantine a reconnu la musique caractéristique de son colt  Python calibre 35.    
   

     Il tente encore une fois de joindre le Mexicain, mais sans plus de succès. L’inquiétude commence à l’envahir. Beaucoup plus qu’un doute, il a tout à coup la certitude qu’ils vont arriver trop tard, que le pire s’est déjà produit. Le visage décomposé, il s’est tourné vers le professeur qui, avec une grimace de contrariété, lui signifie que son angoisse est partagée. Ce qui les chagrine davantage, c’est que la piste laissée par l’être mystérieux se dirige comme ils le redoutaient en direction de la clairière où a été dressé le campement.
   

     C’est au pas de course qu’ils surgissent dans la petite plaine quelques minutes plus tard, à l’instant où une silhouette fantomatique, au corps entièrement velu et verdâtre, apparaît au premier plan. Elle est d’une taille impressionnante, atteignant certainement les deux mètres cinquante, voire plus. Elle se dirige en direction de la lisière de la forêt, un fardeau humain sur ses larges et puissantes épaules.   
   

     Ballantine a senti son poil se hérisser.

     

     – Bon sang ! Cette chose emmène Carlos !… s’écrie-t-il en refermant rageusement la main sur la crosse de son arme.
    

     Durant un bref instant, la « chose » a marqué un temps d’arrêt, les ayant visiblement repérés. De grandes mèches d’une chevelure abondante lui couvrent les épaules comme une crinière et une boule de vapeur pâle lui tient lieu de tête.
    

     Mais Diego a déjà épaulé … Au risque de blesser son compatriote, il lâche plusieurs salves sur l’étrange apparition.
    

     Celle-ci a tourné rapidement les talons, accompagnant sa fuite d’un formidable bond, pour aussitôt trouver refuge et protection sous l’épaisse végétation de la forêt. 
   

     – Un bigfoot !… s’est exclamé Winter, le visage décomposé.   
    

     – No Sénor ! Mamma mia, cette créatoure n’est pas un bigfoot !
   

     – Miguel a raison professeur… relève Ballantine… Ces hommes-bêtes, si toutefois ils existent vraiment, n’ont été aperçus qu’en Californie ou dans les régions retirées du nord-ouest des Etats Unis. En outre, ils ne sont pas de nature belliqueuse, mais curieuse…
    

     L’arme au poing, la troupe s’est précipitée dans la direction où vient de disparaître la fantastique créature. Ils ont aussitôt remarqué les étranges traces en fer à cheval. Mais c’est peine perdue … L’être mystérieux a déjà disparu. 
   

     – Vite, à l’hélico !…  lance Ballantine.
   

     Sitôt dit, sitôt fait… Les voici tous les quatre entassés dans la gazelle SA 341, Ballantine aux commandes. Et le gros insecte bruyant a décollé.
    

     Manié de main de maître et afin de ne pas éveiller la méfiance de l’étrange créature, son pilote lui a fait effectuer un court crochet au-dessus de la forêt avant de piquer vers le lac.
   

     Moins de dix minutes plus tard, l’hélico survole déjà la verte étendue d’eau avant de se poser en retrait, sous l’abri des grands arbres.
   

     – Cette « chose » va voir de quel bois on se chauffe… fulmine Ballantine en sautant à terre, imité en cela par ses trois compagnons… Elle ne s’attend pas à ce que nous l’ayons précédée à cet endroit. Nous allons lui tendre un piège… rumine-t-il en serrant nerveusement les mâchoires. 
   

     Ballantine et Winter se sont dissimulés dans les broussailles à l’orée de la forêt, à moins d’une quinzaine de mètres des premières empreintes. Diego et Miguel se sont postés à quelques mètres des secondes. 
   

     L’attente n’aura pas été longue … 
    

     Une trentaine de minutes se sont à peine écoulées, que la créature au pelage verdâtre surgit, son fardeau humain sur ses larges épaules. Sa taille est vraiment impressionnante. 
   

     Ballantine n’a pas attendu qu’elle pénètre dans le lac. Il s’est aussitôt débusqué, prêt à faire feu, tandis que les Mexicains se dévoilent à leur tour, l’un brandissant sa machette, l’autre mettant la créature en joue avec sa Winchester.
   

     Un sourd grognement a retenti … La bête, ou tout au moins ce qui lui ressemble, a fouetté l’air de son énorme main griffue. Durant quelques secondes, ils n’ont pu détourner les yeux de cette boule pâle et verdâtre lui tenant lieu de tête et sur laquelle ils  recherchent vainement les yeux, le nez, la bouche … !  Sans succès ?   Peut-être pas !
   

     En effet, l’aspect insolite verdâtre et vaporeux semble tout à coup s’évanouir progressivement, comme une brume légère qui se dissiperait dès l’apparition de l’aurore. Le phénomène s’accentue, dévoilant à présent, mais l’espace d’un court instant, une face tremblotante aux contours imprécis, aplatie, noire et luisante, avec de grands yeux jaunâtres et un trou à la place de la bouche. L’ensemble reste flou et confondu et ne tarde pas à reprendre son état originel d’une boule verte semblant sans consistance, cerclée d’un épais brouillard, et tournant sur elle-même.
   

     Un instant stupéfaits, les membres de la petite troupe ont tardé à réagir, ce qui laisse à  l’être d’apparence fantastique l’occasion d’en profiter pour filer en direction du lac en leur adressant un rugissement menaçant. Mais Diego l’a déjà mis en joue … Une détonation a claqué, immédiatement suivie d’une seconde, confondues par l’écho. 
   

     La créature a été atteinte par deux projectiles à la cuisse, car elle s’est écroulée lourdement, la tête au ras de l’eau.
   

     Ballantine s’est précipité pour lâcher à son tour une salve en automatique, visant la masse herculéenne. Et c’est quatre nouveaux projectiles qui lui labourent sa puissante poitrine avec un bruit sourd. Mais la « chose » ne semble pas en souffrir pour autant … Elle s’est redressée, abandonnant le corps sans réaction du Mexicain qu’elle avait transporté jusque là. Avec un nouveau rugissement, elle pénètre précipitamment dans les eaux tièdes et profondes de l’étang où elle ne tarde pas à disparaître, provoquant un léger tourbillon, après avoir encaissé deux nouvelles décharges dans la tête expédiées par Diego.  
   

     D’un œil attentif et durant un court instant, les cinq hommes ont scruté l’étendue du lac, avant de se précipiter vers l’infortuné Carlos allongé sur l’herbe, la face contre terre.
    

     Ballantine entreprend de le retourner précautionneusement sur le dos, guettant un souffle de vie et c’est d’une voix rassurée qu’il s’adresse à ses compagnons …
   

     – Tout va bien. Il respire. Il est simplement évanoui.
   

     Diego, qui est allé recueillir un peu d’eau dans le creux de ses mains, en asperge le visage de son compatriote, qui ne tarde pas  à refaire surface. Il a à peine repris contact avec la réalité, que ses traits s’animent de tics nerveux. Ses yeux semblent agrandis par une terreur indescriptible, reflétant une panique incontrôlable. La bouche grande ouverte, il dévisage ses compagnons tour à tour, avant de s’agripper sans aucun ménagement et d’une main tenace au col de chemise du professeur.
   

     – El Diablos !  Malo ! El Diablos a attaqué Carlos !… s’écrie-t-il, le regard vide.
   

     – Ca va aller. Il n’y a plus aucun danger. Allons, tout va bien maintenant…  le tranquillise Ballantine, sur un ton se voulant rassurant, tentant de le ramener à la raison. 
   

     Mais la frayeur ne semble pas vouloir quitter le visage du Mexicain, qui inlassablement, persiste à ressasser la même rengaine.   
   

     – Il est commotionné. Laissons-le récupérer… conseille le professeur en s’efforçant de détacher la main crispée du malheureux, qui s’acharne sur le col de sa chemise, le faisant friser la strangulation.
   

     – Vous avez vou ! Cette créatoure a la face dou diablos Sénor… récidive le plaignant Miguel.
   

     – Ah non ! Tu ne vas pas recommencer tes jérémiades !… s’emporte Ballantine… Tu as bien vu que cette bête, enfin … cette chose … avait un corps ! … Elle s’est débarrassée de Carlos sitôt après que Diego lui ait collé du plomb dans l’aile ! Enfin quoi Miguel ! Rends-toi à la réalité nom d’un chien !
   

     C’est toutefois la mine perplexe, que le susnommé les a rejoint, après avoir arpenté en vain les abords du lac.
   

     – C’est courieux Sénor, il n’y a aucoune trace dé sang sour lé sol !  Yé l’ai pourtant touché à la cuisse et à la tête… prétend-il en brandissant fièrement son arme, dont le canon est encore tiède.
   

     – Tu es certain de ce que tu avances ?… insiste Ballantine.
   

     – Vénez vous rendré compte vous-même Sénor.
   

     Et, entraînant notre ami, Diego lui désigne les empreintes en fer à cheval encore fraîches. Mais il faut se rendre à l’évidence. Aucune trace de sang n’apparaît sur l’herbe, même à l’endroit où l’être fantastique a abandonné l’infortuné Carlos.
   

     Ballantine est revenu près de Winter, l’esprit embué, pour le prendre discrètement à part.
   

     – Diego a raison professeur. C’est à n’y rien comprendre ! Je suis moi-même certain d’avoir touché cette créature à la poitrine. Et vous avez vu ! Elle n’a même pas semblé s’en soucier !
   

     – C’est curieux en effet. Notre compagnon vient d’affirmer qu’il l’avait blessée lui aussi. D’ailleurs, c’est certainement la raison pour laquelle cette monstruosité s’est débarrassée de Carlos… souligne Winter avec raison.
   

     – Je pense que cette « chose » a été prise à l’improviste. Elle ne s’attendait pas à nous trouver ici, près de sa tanière. C’est l’effet de surprise qui lui a certainement valu d’abandonner sa prise et rien d’autre. Avec ce qu’elle vient d’encaisser, elle devrait être salement amochée. Voire même étendue raide sur le carreau.
   

     – Vous avez peut-être raison Dany. Les balles seraient alors curieusement sans effet sur ce monstre qui, de surcroît, ne ressemble à aucun animal répertorié sur la planète à ce jour… mentionne pensivement le professeur… Outre cela, vous avez remarqué cette absence  de faciès au départ ! Puis subitement, comme par enchantement, cette boule de vapeur verte s’est dissipée pour découvrir un aspect bestial aux yeux étranges, avant de se confondre en une espèce de brouillard vaporeux et verdâtre !   
   

     – Cette monstruosité m’a tout l’air d’un spectre brumeux sorti de sa sépulture préhistorique ! Nous allons de mystère en mystère professeur. Il ne faudrait pas que cela perdure ou nous courrons vers la folie, abstraction faite des chicleros sur lesquels nous n’allons plus pouvoir compter. Miguel n’a peut-être pas tout à fait tort après tout.
   

     – Que voulez-vous dire par-là ?
   

     – Il s’agit peut-être du diable en personne !

Extrait de : Les Sondeurs du Temps ( de Stephan LEWIS ) -

  Toutes mes histoires fantastiques sont sur :

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