Stephan LEWIS – fantastique

14 février, 2009

Les Sondeurs du Temps

Classé dans : Non classé — Stephan LEWIS @ 14:22

Suite de : Les Sondeurs du Temps

Stephan LEWIS

     - Mais … Pourquoi avoir omis d’y faire figurer Vénus ?…  s’étonne cette fois Winter, l’air dubitatif et se caressant machinalement le menton… D’autant plus qu’ils n’étaient pas sans connaître son existence ! Elle était pour le peuple maya l’objet d’un véritable culte. La plupart de leurs pyramides sont d’ailleurs dédiées à l’étoile du berger !  Je vous avoue que j’y perds mon latin.  
   

     – C’est ma foi fort curieux en effet.
    

     De nouvelles stèles et dessins découverts sur les murs du temple, représentent soit des personnages revêtus d’une combinaison de cosmonaute, on ne saurait s’y tromper, soit des engins volants. La plupart sont en forme de disques. Certains sont même équipés d’antennes.
   

     – C’est fantastique !… s’émeut encore Winter… Il n’y a plus aucun doute. Si ce sont bien des Mayas qui résidaient dans cette cité et si c’est bien eux qui sont les auteurs de tous ces témoignages, nous avons ici la preuve formelle qu’ils ont été, à un moment donné, en contact avec les représentants d’une civilisation plutôt en avance sur son temps.
   

     – Autrement dit, avec des êtres originaires d’un autre monde… anticipe Ballantine.
    

     – Ma foi, je ne sais que penser. Mais si nos suppositions s’avéraient exactes, et nous sommes assurément sur la bonne voie pour le prouver, la découverte de ce site sera incontestablement l’événement archéologique le plus extraordinaire de tous les temps… souligne le professeur, bouleversé, en épongeant la sueur qui lui dégouline sur le front.
   

     – J’ai la ferme conviction que si nous poussons plus loin nos investigations, nous ne sommes pas au bout de nos surprises… gage Ballantine avec un enthousiasme non dissimulé.
   

     – Regardez les gravures sur ce mur Dany. Elles représentent Quetzalcoatl le Serpent à plumes, que les Mayas appelaient aussi Kukulcan. C’est le plus grand dieu du panthéon maya et aztèque. Il incarne justement la personnification de la planète brillante. Il paraît s’agenouiller devant l’apparition d’une comète. Comme c’est étrange… s’émeut encore Winter.
   

     Deux reproductions de la voûte céleste gravées sur le plafond du temple leur offrent à présent une nouvelle et non moindre énigme … Les points cardinaux sont placés correctement sur l’une, tandis qu’ils sont renversés sur l’autre, comme si la Terre avait subi un choc, comme si elle s’était retournée lors d’un cataclysme cosmique. Mais l’un des chicleros vient de pénétrer à son tour à l’intérieur de l’édifice. Il leur signifie que ses compagnons ont mis à jour quelque chose susceptible de les intéresser. 
   

     Les Mexicains ont déterré trois tablettes de pierre qu’ils sont en train de débarrasser sommairement de la mousse qui les recouvre. Le professeur exulte et trépigne sur place, tant il bouillonne d’impatience. Il a, comme d’habitude et en de telles circonstances, eu le réflexe de rajuster ses petites lunettes sur le bout de son nez, comme pour mieux distinguer les glyphes gravés dans la pierre.
   

     Après avoir déchiffré quelques lignes de la première tablette, il marque aussitôt une pause, en proie au plus vif désarroi…  

   

     – Inouï ! C’est tout à fait inouï !… Ces textes ont rapport au déluge ! Vous vous rendez compte !… rapporte-t-il d’une voix enthousiasmée et  brisée par l’émotion.
    

     – Si je ne m’abuse, ce légendaire désastre se serait produit il y aurait environ douze mille ans … se remémore rapidement Ballantine.
    

     – En fait, nul ne sait exactement à quel moment de l’histoire de l’humanité s’est produit le cataclysme universel. Vouloir déterminer la date de la titanesque catastrophe qui détruisit la presque totalité du genre humain, est sans aucun doute une tentative bien téméraire… souligne le professeur en affichant une moue de perplexité… C’est extrêmement curieux… poursuit-il en revenant vivement sur les caractères hiéroglyphiques de la première tablette, devant les mines interrogatrices de Ballantine et des quatre métis qui se sont regroupés autour de sa personne… On peut en fait interpréter ce texte comme une prophétie. Tout d’abord, on nous décrit ici les circonstances du déluge. Mais il est affirmé en outre et je traduis, qu’après la naissance du sixième soleil, peut-être est-il question d’une succession d’éclipses … Donc, après la naissance du sixième soleil disais-je, ces écrits précisent que les Maîtres des Etoiles ou Messagers du Destin doivent revenir. Si on se fie à ce calendrier, ce serait, tenez-vous bien, avant la fin de ce millénaire. Soit la période inaugurée par l’éclipse de 1999. En septembre de l’année où nous sommes, plus exactement. Il est également dit qu’ au cours de l’ère du sixième soleil, tout ce qui est enfoui sera découvert. La vérité sera la semence de la lumière. Et les fils du sixième soleil voyageront à travers les étoiles.
   

     – Si c’est une prophétie, elle nous annonce clairement la venue prochaine d’extraterrestres sur la Terre… sourit Ballantine, manifestement peu enclin à suivre son ami sur ce terrain.
    

     Winter s’est approché de la seconde tablette. Prenant assise sur ses talons, la tête entre les mains, il ne cesse de lire et relire l’inscription millénaire qui y est gravée…
   

     – Ce texte a encore rapport au déluge… enchaîne-t-il au terme de quelques secondes… Il est dit que  le ciel se rapprocha de la Terre et que tout périt en un seul jour. Même les montagnes disparurent sous les eaux. Ces écrits décrivent la disparition du monde d’une façon imagée. Regardez Dany, ce que vous voyez ici représente encore un serpent installé dans les cieux et déversant de sa bouche des torrents d’eau. Quant à ces différents signes, ils indiquent des éclipses de la Lune et du Soleil. Cette gravure figure la déesse de la Lune, maîtresse de la mort. Comme vous pouvez le constater, elle est représentée ici sous un aspect terrifiant. Elle tient entre les mains une coupe renversée de laquelle coulent des flots destructeurs.
   

     Nom d’une pipe ! Ce qui est décrit ici, dans la troisième tablette, est tout simplement effarant !… s’exclame le professeur, subitement en proie à la plus vive stupeur… Les deux premières tablettes reprennent en fait certains détails du Livre Sacré des Mayas du Guatemala, le Popol Vuh. Ce qui me surprend, c’est que jusqu’ici les origines du déluge n’ont jamais vraiment pu être expliquées et encore moins élucidées. La science ne connaît toujours pas de causes qui auraient pu engendrer une secousse telle, que l’axe terrestre en aurait été à ce point ébranlé. Mais si ces écrits s’avéraient exacts, ce qui est dit ici nous fournirait la réponse à cette énigme. C’est tellement incroyable !… poursuit Winter en se tamponnant nerveusement le visage à l’aide de son mouchoir.
   

     – Remettez-vous professeur !… sourit Ballantine d’une voix amusée, en lui donnant une tape amicale sur l’épaule.
    

     Semblant ignorer la remarque et évitant de faire mentir plus que de raison son enthousiasme, l’intéressé n’en poursuit pas moins ses commentaires d’une voix chevrotante…
    

     – C’est bien la première fois qu’un texte maya donne de telles précisions sur les causes du cataclysme universel ! Il est encore dit ici que cette catastrophe n’aurait pas concerné que notre planète … Ce fut un bouleversement cosmique aboutissant à un réalignement des astres de notre système solaire. Les planètes modifièrent leur trajectoire. La grande harmonie de l’univers et de la nature en fut ébranlée. Voilà, tout est expliqué ! Le déluge aurait eu pour origine l’attraction exercée par un astre encore inconnu et pénétrant dans notre système solaire … Sa force cosmique aurait déclenché un immense raz de marée. Les eaux du globe se seraient alors soulevées, pour ensuite refluer avec l’éloignement de ladite planète en question, déposant ici et là les restes de faune et de flore dont on a d’ailleurs découvert des traces inexplicables dans différentes régions du monde… se presse de préciser Winter. (véridique).
   

     – En fait, cela semble tout à fait plausible professeur. La seule force capable de provoquer des bouleversements de cette ampleur pourrait effectivement avoir été celle produite par un corps céleste de grande taille passant à proximité de la Terre… relève Ballantine d’un air songeur.
    

     – Tout à fait Dany. D’ailleurs, bien que l’on n’ait pas encore élucidé la question, il a toutefois été envisagé qu’une collision avec un immense météore aurait pu provoquer le cataclysme atlantéen, certainement lié au désastre universel. Nous savons que l’attraction lunaire, par exemple, est à l’origine du phénomène des marées. Comme vous le faites si judicieusement remarquer, l’arrivée de cet astre dans le système solaire aurait pu provoquer un déséquilibre de la planète. En déplaçant de quelques degrés son axe de rotation tout en exerçant une énorme pression sur l’écorce terrestre, l’incident aurait entraîner les inondations et déluges que l’on retrouve dans les légendes de tous les peuples à la surface du globe. Mais ce qui est stupéfiant, c’est que, d’après les écrits mayas, cet astre ne serait autre que … tenez-vous bien … la planète Vénus !
   

     – Vénus !… Ce serait assurément extraordinaire professeur ! Mais celle que l’on connaît plus communément sous l’appellation d’étoile du berger étant donné son éclat nocturne, a toujours fait partie de notre système solaire ! Aucun doute n’a jamais été émis à ce sujet que je sache !… stipule Ballantine, la mine perplexe.
   

     – C’est en tout cas ce qui est prétendu ici. Vénus serait en fait originaire d’une autre galaxie que notre Voie Lactée. Elle serait entrée dans notre ciel avec l’apparence et les effets maléfiques d’une comète. Elle aurait provoqué l’embrasement du globe et le déluge universel, avant de s’installer définitivement sur l’orbite que nous lui connaissons. Après voir frôlé la Terre, elle aurait anéanti la presque totalité de l’humanité.
   

     – Si le fait s’avérait exact, ce serait alors la raison pour laquelle il n’était représenté que huit des planètes du système solaire sur le monument que nous avons découvert. Vénus aurait été volontairement omise… réalise Ballantine, la mine réfléchie. 
   

     – Et la comète devant l’arrivée de laquelle est prosterné Quetzalcoatl, serait donc l’Etoile du Berger ! Cette planète a toujours fait l’objet d’un véritable culte dans la civilisation maya. C’est elle qui régissait leur religion. D’ailleurs, comme je vous le disais, la plupart des pyramides mayas lui sont dédiées. On ignorait jusqu’ici quelles en étaient les raisons. Les Mexicains en ont même conservé la tradition. On a en effet constaté de nos jours, que de nombreux édifices comme le palais du Gouverneur à Uxmal au Mexique, étaient alignés et disposés en fonction du lever et du coucher de l’étoile du berger. Toujours est-il que vous pouvez être assuré que notre découverte va certainement ébranler et déranger le monde bien ordonné de nos astrophysiciens et soulever bon nombre de controverses… confie le professeur, on ne peut plus enthousiasmé.
   

     – Je reviens sur ce qui est écrit sur la première tablette, où il est question du retour des Maîtres des Etoiles. Est-ce que cette prophétie signifie quelque chose pour vous professeur ?… s’enquiert Ballantine, songeur.
   

     – Eh bien voyez-vous Dany, incidemment, la tradition populaire maya parle d’une promesse faite par  » les Fils du Ciel  » de revenir dans douze mille ans. Soit, comme le précise en effet ces écrits, à notre époque. Et plus précisément d’ici peu s’il faut en croire ce qui est dit ici et si nous devons nous fier à la légende. Ces Fils du Ciel seraient leurs ancêtres de l’Atlantide, dont la civilisation n’avait, toujours d’après la légende, rien à envier à la nôtre. Bien au contraire.
   

     – En tout cas, le type qui a laissé ce message a tout de même eu une part de chance non négligeable !… Il prétend être parti à la quête du continent perdu de l’Atlantide, et découvre comme nous, par hasard, cette ancienne cité maya dont vous me dites professeur que les ancêtres pourraient  justement être les Atlantes !

   

     -  C’est ma foi exact. Mais ce qui relève du domaine du fantastique, voire de l’incroyable dans cette histoire, c’est le fait que la population d’un site maya semble avoir fait l’objet d’un contact avec une civilisation avancée. J’en suis à présent pratiquement convaincu Dany. Les habitants de ces  lieux ont reçu la visite de cosmonautes venus d’une autre planète. Ou ils ont été directement en contact avec des Atlantes. Mais cette hypothèse relève bien évidemment du domaine de l’impossible… murmure-t-il encore, comme pour lui-même.
   

     – Toujours est-il que la découverte que nous avons faite sur l’hypothétique arrivée de Vénus dans notre système solaire, ne concerne en rien le terrible secret dont ce type parle dans son message. Mais peut-être allons-nous finir par découvrir quelque chose en rapport avec ce que prétend ce curieux personnage … imagine Ballantine en se passant machinalement une main ouverte dans les cheveux.

 *          *

     La fin de la journée approche. Le soleil commence à fléchir sur l’horizon. Bien que depuis quelques heures l’atmosphère se fasse lourde et orageuse, il ne pleut toujours pas. L’air est de plus en plus chaud, figé, comme si la nature était en suspens. Ballantine et Winter ont encore découvert de nouvelles preuves renforçant leurs convictions, quant à la visite d’hypothétiques visiteurs de l’espace faite aux habitants de cette mystérieuse cité en des temps très reculés. Ils n’ont cependant pu déceler la moindre analogie avec la mise en garde du parchemin adressée par l’énigmatique personnage à l’intérieur du crâne de cristal, ayant trait au terrible secret auquel il est fait allusion. 
   

     Mais leur attention est brusquement attirée par les Mexicains … Ces derniers viennent de dégager une dalle triangulaire enfouie sous l’humus au centre du temple, dont l’atmosphère ambiant s’avère humide et mal aéré, la lumière n’y pénétrant que par d’étroites lucarnes. Ballantine, avec l’aide de l’un des forestiers, décide aussitôt de faire éclater un petit espace rempli de chaux et de cailloux à l’aide d’une barre à mines. 
   

     Poussé par la curiosité et sous l’œil attentif et combien impatient du professeur qu’une sorte d’excitation sourde pince le cœur, Ballantine s’est agenouillé sans plus attendre, pour coller un œil contre l’ouverture en éclairant partiellement les lieux avec sa lampe-torche. Il en reste aussitôt muet durant quelques secondes … Winter, qui ne peut contrôler son état d’énervement, le presse de questions, réprimant même difficilement quelques mouvements d’impatience.
   

     Ballantine vient de se redresser. Il lui décrit alors une grande salle voûtée aux murs décorés de reliefs en stuc, au centre de laquelle trône un énorme bloc sculpté qui la remplit presque entièrement.
   

     Sans plus attendre, ils ont déplacé la lourde dalle condamnant la crypte.  
   

     Une vingtaine de marches aux degrés usés et patinés par le temps y descendent.
    

     Ballantine, suivi du professeur, emprunte aussitôt l’escalier de pierre qui s’enfonce à une douzaine de mètres sous le temple, où règne l’obscurité la plus totale. Leurs torches électriques, dont la lumière a fait fuir précipitamment un iguane, accrochent aussitôt le grand bloc,dont les côtés sont sculptés d’une douzaine d’étranges personnages. Il repose sur huit supports, ornés eux aussi d’étonnantes sculptures. 
   

     A leur plus vive stupéfaction, l’œuvre décorée en bas-relief représente une grande composition du cosmos. On y voit distinctement un être humain assis aux commandes d’un véhicule spatial, la partie supérieure du corps penchée en avant, comme celle d’un coureur motocycliste. En arrière de la proue pointue de l’engin qui est représenté, de curieuses entailles cannelées figurent des lumières d’admission. Puis le tout s’élargit et sa queue se prolonge par un jet de flammes.
   

     N’importe quel enfant d’aujourd’hui comparerait sans aucun doute possible l’engin dans lequel il est installé à une fusée. L’être représenté à l’intérieur de l’habitacle est vêtu de pantalons moulants tenus par une large ceinture, d’un blouson dont l’encolure dégage la nuque, très ajusté sur les bras et les jambes. Il porte un casque muni d’un tube et sur le sommet figure quelque chose ressemblant à une antenne. L’astronaute – car c’en est manifestement un – est non seulement penché vers l’avant, mais il regarde avec attention un objet suspendu devant son visage. Ses mains paraissent occupées à manipuler des commandes, la droite semblant procéder à un réglage précis, la gauche tenant un levier. Le talon gauche repose sur une sorte de pédale à plusieurs crans, comme une commande au pied. Derrière le pilote, on reconnaît sans difficulté le réacteur nucléaire. Deux atomes sont même représentés schématiquement sans aucun risque d’erreur, probablement un atome d’hydrogène et un atome d’hélium. Chose importante, la traînée du réacteur est  représentée à la queue du vaisseau, brisant la ceinture de glyphes qui court autour du bas-relief chargé de caractères cette fois indéchiffrables par le professeur, qui s’est contenté de prendre une série de clichés à l’appui de quelques notes. Les Mayas paraissent avoir laissé ici le portrait de leurs « messagers du ciel ». Ce relief dans la pierre est bourré d’indications techniques incompréhensibles et le professeur vient de se pencher sur des glyphes courant sur la pierre.
   

     – Les dieux mayas, si l’on en croit ce texte, vinrent des étoiles, communiquèrent avec les étoiles et retournèrent aux étoiles après avoir séjourné sur Terre… rapporte-t-il avec une moue circonspecte. 
   

     Une monumentale arcade en pierre soutenue par deux colonnes serpentiformes, la gueule au niveau du sol, le corps constituant le fût et la queue soutenant le linteau, s’ouvre sur une seconde salle. Elle présente des innovations architecturales tournant presque toutes autour du thème du Serpent à Plumes. Au fond s’élève une pyramide à cinq ou six mètres du sol. Chacune de ses faces représente des corps de serpents, dont les têtes humaines reposent au pied de l’édifice.
   

     Des sculptures, disséminées aux quatre coins, figurent toutes des créatures serpentiformes, soit à têtes bestiales, soit à têtes humaines, représentées dans différentes positions. Un reptile encore plus énorme que les autres trône dans une attitude hiératique. A ses côtés, des personnages à têtes de serpents, vêtus d’un vêtement pour le moins futuriste, l’entourent et semblent l’acclamer. Certains sont des sauriens complets, d’autres, moitié humain, moitié reptile. Les gravures murales sont remplies d’annotations mystérieuses.
   

     – Qu’est-ce que tout cela veut dire ?… s’émeut le professeur d’une voix rendue rauque par l’émotion, visiblement déconcerté…. Regardez Dany. Toutes ces sculptures et ces bas-reliefs sont dédiés à la gloire, dirait-on, d’un roi ou d’un dieu serpent !
   

     Miguel, l’un des deux métis qui les ont rejoints, vient de pousser un cri, assorti d’une grimace de dégoût, tandis qu’il décroche vivement de sa chemisette une espèce de lézard à six pattes qui s’y cramponnait. Mais leur attention est de nouveau accaparée par une sculpture représentant des humains casqués, encore revêtus d’un habillement futuriste. Ils brandissent des armes à rayons, semblant terrasser des hommes-lézards aux allures belliqueuses. Des motifs ciselés figurent d’autres personnages humains engoncés dans des espèces de scaphandres, aux côtés d’êtres indéfinissables qui manipulent de singuliers appareils. L’autre pan de mur fourmille littéralement de personnages aux masques grotesques, figés en des attitudes invraisemblables et occupés à des tâches énigmatiques.
   

     A quelles interprétations cette étrange iconographie peut-elle donner lieu ? Quelles controverses peut-elle bien susciter ? Là encore, elle est enrichie d’innombrables indications chiffrées, plus mystérieuses et plus énigmatiques les unes que les autres. Un peu en retrait, une stèle en pierre figure un autre groupe d’humains, curieusement blottis les uns contre les autres. Leurs yeux exorbités reflétent véritablement un sentiment de panique. Ils semblent craindre une bande de lézards disposés en cordon, qui paraissent les garder ou tout au moins les surveiller et qui contemplent, manifestement avec une certaine contrainte, ces scènes hallucinantes. 
   

     Winter, le cœur battant, sujet à une exaltation sans précédent, paraît de plus en plus intrigué. A l’aide de sa torche, il examine avec la plus grande attention ces sculptures d’une finesse exagérée ciselées dans la pierre, qui ont assurément donné lieu à un travail de patience, long et minutieux, patiné par les siècles. 
   

     Soudainement, devant eux, sur un socle, se dresse une silhouette d’une taille impressionnante, dépassant les trois mètres, à corps humain recouvert d’écailles et à tête serpentoïde couronnée. Son regard est glacial et dominateur. Elle tient un sceptre décoré du globe terrestre et le chiffre huit en position horizontale dans ses mains palmées. La créature pose l’un de ses pieds membraneux sur la tête d’un personnage aux traits humains revêtu d’une combinaison de cosmonaute, qui paraît se prosterner devant elle.
   

     – Encore ce roi serpent !… murmure Winter, en ravalant sa salive à plusieurs reprises.
    

     – Mais … Ce truc est en métal !… s’étonne Ballantine en l’effleurant du bout des doigts. 

    

     – Vous avez ma foi raison. C’est bien du métal !… constate à son tour Winter, stupéfait, en caressant à son tour le magnifique ouvrage, dont la froideur de l’alliage le fait un instant frissonner… Cette chose doit pourtant se trouver à cet endroit depuis des millénaires ! … Comment cette substance métallique a-t-elle pu résister aussi longtemps ! C’est incroyable ! Elle est dans un état de conservation stupéfiant et ne porte aucune marque de corrosion !
   

     – Je crois que rien en ces lieux ne sort de l’ordinaire professeur … Cette effigie a été fondue dans un métal obtenu à partir d’un alliage certainement inconnu sur la planète. Il ne peut en être autrement. Un métal bien particulier d’ailleurs. Car voyez … Les écailles du corps de cette chose paraissent curieusement chargées d’un certain magnétisme frémissant au toucher.
   

     – Ce qui m’intrigue, c’est le fait que nous retrouvions partout ce roi serpent ! Sa tête est couronnée et ce qu’il  tient est à n’en pas douter un sceptre sur lequel figure … hum … voyons … oui, c’est la Terre. Ce qu’il a dans l’autre main, rappelant le chiffre huit, représente certainement le symbole de l’infini. Comme c’est étrange. L’artiste qui est à la base de cette réalisation a certainement voulu fixer définitivement un événement important… gage Winter d’une voix chevrotante… Mais que voulait-il donc signifier ?
   

     – A moins que ce ne soit une mise en garde adressée à l’humanité !… nuance Ballantine sur un ton rempli de perplexité, en se passant une main ouverte dans sa courte chevelure. 
    

     – Que voulez-vous insinuer ?… suspecte aussitôt Winter, les sourcils en accents circonflexes, plutôt déconcerté par cette  supposition aussi imprévisible qu’inquiétante.
   

     – Je l’ignore encore professeur… s’interroge notre ami, l’air songeur, tout en caressant du bout des doigts le corps monstrueux qui donne l’impression de vouloir quitter son socle d’un instant à l’autre pour bondir sur les intrus… Néanmoins, je me demande si toutes ces sculptures sont bien dédiées à la gloire du Serpent comme vous le supposez. Ou si … hésite-t-il, la moue réfléchie…
   

     – Allez-y ! Précisez ce à quoi vous pensez !
    

     – Eh bien, voyez-vous même professeur … Cette scène, par exemple, est on ne peut plus significative … Elle représente des humains gardés par des créatures reptiliennes. Leur attitude me paraît loin d’être équivoque. C’est clair. Ce tableau reflète l’épouvante de ces gens vis à vis de ces créatures du diable. Quant à ce roi serpent, il est évident qu’il semble imposer son autorité et sa volonté à un personnage de nature humaine, curieusement revêtu d’une combinaison de cosmonaute. On ne saurait s’y tromper, ce dernier paraît se prosterner ou, selon moi, être asservi par cette horrible créature.
   

     Bien que le raisonnement de son ami ait quelque chose d’hallucinant, Winter semble tout à coup admettre l’atroce mais incroyable réalité de la scène qu’ils ont sous les yeux.
   

     – Vous avez peut-être raison, mais où voulez-vous en venir ?… insiste-t-il d’une voix éraillée, visiblement troublé, voire carrément inquiet, appréhendant assurément la justification des derniers propos de son ami.
   

     – Je me demande, à tort ou à raison bien évidemment, si les humains qui sont représentés ici ne seraient pas tout simplement des vaincus subissant la loi du vainqueur… résume Ballantine en se tournant vers son ami, qui a frissonné une nouvelle fois, avant de détourner son regard de la statue de métal.
   

     – Pour quelles raisons donner une telle importance à des reptiles !… banalise alors ce dernier d’un geste de la main, cherchant assurément à minimiser la chose.
   

     – Je crois que nous avons une fois encore affaire à un nouveau mystère professeur. Un mystère qui ne me dit rien qui vaille…  conclut Ballantine, sourcils froncés.

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

Thoughts... |
livres d'occasion bouquinsd... |
marcloupias |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | silentenigma
| Au fil des mots
| Entre deux nuages